Le Républicain Lorrain a publié une série d'articles sous forme de portrait sur la pêche en juillet 2011. En voici 3.

La passion halieutique n’a pas d’âge. En témoignent ces trois portraits de pêcheurs que nous vous proposons.

 

Bernard, un infatigable disciple de saint Pierre


Bernard, un infatigable disciple de saint Pierre. Photo RL

Il a fait la Une de l’édition locale du Républicain Lorrain à Château-Salins, il y a une cinquantaine d’années, pour avoir sorti des ondes, près de Vic-sur-Seille, 42 kg de poissons – treize chevennes et dix-sept carpes. Il avait alors vendu sa pêche miraculeuse à un restaurateur du Saulnois, moyennant 100 francs. Une bonne affaire !

Il pêche depuis 75 ans et fait partie de l’association Le Brochet de Marly depuis 50 ans.Ce grand pêcheur devant l’Éternel a pour nom Bernard Parisot.Infatigable papi, avec ses yeux bleu-eau derrière ses fines lunettes, sa casquette d’été posée sur sa tête, il se dévoue avec son ami Jean-Claude Godefrin au sein de l’association marlienne et apprend son art aux enfants.« J’ai toujours adoré pêcher car j’aime la nature : l’eau, les poissons, les canards, la flore. Je suis rarement rentré bredouille », assure-t-il. Et on le croit volontiers. Il a le sens de l’eau, il connaît tout du petit peuple des rivières et des étangs.

« Avec les enfants, je pêche au coup, avec des hameçons sans ardillons, car nous rejetons toutes nos prises. J’aime aussi taquiner la truite », explique-t-il, lui qui rêve encore d’une pêche au saumon dans les fleuves sauvages du Canada. Un jour en pêchant à la mouche au canal, à Moulins (avec une vraie mouche, si ce n’était une sauterelle), il a vu son appât gobé par un oiseau. « Le fil s’est mis à monter vers le ciel, j’avais attrapé une hirondelle ! La pauvre bête s’est débattue quand je lui ai enlevé l’hameçon, elle en a été quitte pour la peur… Je suis rentré avec 70 ablettes dans la bourriche ». Alors que souffle un vent de nord-ouest (le vent de la pluie), Bernard explique les vertus du bon pêcheur : calme et patience. « Si on n’attrape rien, c’est qu’il faut changer de place… », conseille-t-il aux novices. Il y a, bien sûr, des jours où le poisson se terre au fond, comme ces jours de vent du nord, « Là, concède Bernard, c’est plus dur ».Il explique avec beaucoup de pédagogie et de douceur toutes les ficelles de ce hobby. À ses disciples. Après la séance, il remballe les appâts, les gaules, l’épuisette et même la bouée de secours qui accompagne les sorties d’été au fil de la Seille avec ses petits protégés.

La pêche a encore de beaux jours devant elle.
C. LECLERCQ

 

 

Marie-Anaëlle et Manon, ondines
Elles ont pris un bastion masculin. Les sœurs Manon et Marie-Anaëlle sont deux as de la pêche. Elles ne rentrent jamais bredouilles.


Deux jolies fiancées de l’eau. Photo RL

Elles ont le cheveu châtain, l’œil malicieux, le corps souple des jeunes filles bien dans leur peau. Elles sont sœurs et ont pris d’assaut — avec aisance — un bastion masculin : la pêche ! Manon et Marie-Anaëlle ne rentrent jamais bredouilles. Avec Le Brochet de Marly, elles taquinent la carpe, le goujon et ne dédaignent pas le menu fretin.

Le secret de ces jeunes adeptes de la pêche en eau douce ? Elles n’en ont pas ! Mais leur ardeur, leur entêtement, leur calme et leur doigté y sont peut-être pour quelque chose…

Ces fiancées de l’eau expliquent en souriant : « On pêche depuis deux et trois ans ». C’est aux animations estivales de Marly que les animateurs Jean-Claude Godefrin et Bernard Parisot les ont pris sous leur nageoire - euh, pardon, leur aile -. Et les élèves sont en voie de surpasser les maîtres.
Le secret du naturel

Avant tout, les deux ondines aiment pêcher, « parce qu’on voit les poissons de près. Ils sont vivants, on les rejette à l’eau, les hameçons sans ardillons limitent les blessures ». Des femmes qui pêchent et qui gagnent, c’est rare, mais de moins en moins. Manon et Marie-Anaëlle sont les deux seules « pêcheuses » ou « pécheresses » de leur famille. Elles ont un papy pêcheur qui peut être fier de ses petites-filles et qui peut-être se demande si le gène halieutique ne se transmettrait pas dans les lignées. Les deux filles ont sorti une vingtaine de goujons et un carassin en une matinée.

La pêche au féminin rencontre de plus en plus de succès. Comme le bricolage à la maison, ce loisir qui est aussi un sport, séduit de plus en plus de personnes du beau sexe. Des clubs français proposent des stages pour femmes, où les adeptes sont volontairement tenues à l’écart des moqueries misogynes. Des équipements adaptés à la morphologie des femmes sont également disponibles dans les magasins spécialisés.

Sans aller jusqu’à la canne rose fluo que l’on trouve Outre Atlantique, les professionnels s’adaptent à cette nouvelle demande.

Aux États-Unis, en particulier, la pêche féminine à la mouche et la pêche au black-bass sont organisées.

En France, les premiers championnats nationaux féminins voient le jour depuis ces dernières années aux quatre coins du pays.
C. LECLERCQ
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Quatre alevins plein de promesses
Axel, Lucas, Matthieu et Jérémy ont une passion : la pêche à la ligne. La Seille et beaucoup de poissons n’ont déjà plus de secrets pour eux.

Lucas, Matthieu, Jérémy et Axel, taquinent goujons, ablettes, carpes ou brèmes, au fil de l’eau à Marly. Photo RL

Loin des tentations de la télévision ou des jeux vidéos, quatre garçons Axel, Lucas, Matthieu et Jérémy, adolescents férus de nature et de grand air, ont choisi de participer aux animations estivales de Marly pour se perfectionner dans l’art de la pêche.

Ils parlent, à leur façon, de leur passion. Ils taquinent le poisson au bord de la Seille avec les animateurs du Brochet. Malgré leur jeune âge, ces quatre jeunes ont déjà chacun un poisson fétiche et des anecdotes à raconter.

Axel pratique la pêche au coup depuis trois ans déjà. Une activité de loisirs qui s’apparente à une passion. Aujourd’hui, il explique tranquillement avoir fait une bonne pêche et sorti des goujons des eaux forcément claires de la Seille à Marly, sinon, ce poisson ne s’y plairait pas. « J’adore la pêche, J’aimerais capturer une perche soleil. J’ai déjà vu quelqu’un le faire. ! » s’exclame-t-il.Attendre de longues heures sans faire de bruit au bord de l’eau ne le rebute pas. Son tempérament calme y est sans doute pour beaucoup.
Comme dans les romans d’Hemingway

Son copain Lucas, adepte depuis deux ans, avoue avoir un papy et des tontons pêcheurs. J’ai déjà attrapé une grosse carpe et un brochet » rejetés à l’eau « car je n’aime pas tuer les bêtes ».

Ce garçonnet blond aux yeux rieurs qui rêve de pêche en mer comme dans les romans d’Hemingway apprécie ce hobby, son seul violon d’Ingres : « Ça apprend à être patient » déclare-t-il, convaincu.
Un brochet au repas

A quelques mètres de là, c’est Matthieu qui pêche. Il raconte pêcher depuis trois ans quand il est chez sa tante à Marly. « Je parle de ma passion avec mon grand-père, lui aussi fervent pêcheur. J’ai déjà ramené un gros brochet à la maison, que ma mère a cuisiné. C’est mon père qui l’a écaillé ».

Il avoue que quelquefois, « la patience n’est pas mon fort » lorsque le poisson madré dédaigne l’appât. Mais il sait qu’il faut attendre. « En général, on est récompensé… »
Un hameçon sans ardillons

Jérémy est « tombé dedans » depuis deux ans. Seul dans sa famille à s’adonner à ce loisir, l’adolescent à l’allure paisible et réfléchie a déjà « fait » de grosses pièces.

« J’ai sorti une brème comme ça, » dit-il en montrant la longueur avec ses mains. Il pêche toujours sans ardillons car il n’est pas question pour lui de tuer sa prise.

Ce jeune homme tranquille n’est pas rebuté par la patience légendaire du pêcheur idéal. « Au contraire dit-il, j’adore ça : attendre que ça morde » !
C. LECLERCQ